"It's like forgetting the words to your favourite song, you can't beleive it, you were always singing along. It was so easy and the words so sweet, you can't remember you try to feel that beat."
Je n'essaye même plus de me raisonner, rien ne transperce mon crâne têtu. Ce cerveau passe ses journées à répéter que ces jambes sont trop grosses, que ce ventre n'est digne que de la dernière pizza avalée et que de toute façon, la motivation est en congé maladie et ne peut être remplacée que par Monsieur Misère.
Le pied droit et le pied gauche sont trop aveuglés par leur fierté pour se rendre compte que personne ne gagnera la course permanent qui leur est infligée. Et ces doigts massacrés ne saluent plus l'estomac au passage. Tout est blasé mais rien ne semble vouloir être le premier à abandonner. Par vanité, par ignorance, par naïveté, par espoir.
Il y a quelque chose de cruel dans la fatalité que je m'impose. C'est mon choix de souffrir, de faire aller mes membres dans une valse exécutée par coeur, sans passion mais empreinte d'une certaine vanité, comme s'il fallait que quelques pas maladroits ne soient ma seule destinée, comme si une prouesse quotidienne devait être la seule valable pour tout être se disant vivant.
Et c'est ainsi que l'on se retrouve dans le fond, là où l'obscurité enveloppe et berce, là où les souvenirs défilent, complètement dépersonnalisés, ne sachant plus si le film se doit d'être identifiable ou si ces images appartiennent réellement à ce corps qui en porte pourtant les cicatrices.
J'essaye pourtant de me convaincre que quelqu'un va bien finir pas me chercher, me trouver, me remettre sur pied, alors j'attends. Et la valse continue. Et ça tourne. Et ça suit le rythme. Et ça n'arrêtera que brusquement, quand l'automatisme de cette danse macabre me transportera au dessus d'un précipice. Et encore, je trouverai le moyen de me convaincre que la chute fait partie de la mélodie.
Il y a un chat qui m'a sauvé la vie. Et aussi pathétique que ça puise sembler, c'est ce chat qui, en me regardant droit dans les yeux, réussit à ramener une infime raison dans mon processus complexe d'autodestruction. C'est sa chaleur qui me rappelle qu'il y a plus, de l'inconnu certes, mais il y a de l'espoir.
Au final, j'ai peur. Et j'ai peur d'avoir peur.
Au final, j'ai beau essayer, toute la bonne volonté en main, mes pieds finissent systématiquement par retomber dans ce cercle vicieux, écrasant tout ce que j'ai de plus précieux.