J’ai une petite mélancolie ce soir. J’ai
regardé un film qui m’a rendue vide, qui m’a rappelé ces années de gouffre et
ça m’a fait peur. Je me dis que je ne serai jamais guérie, que le noir et les
cendres peuvent revenir malgré le baume des médicaments, je le ressens encore.
Le bonheur n’est jamais éternel et c’est ça qui me fige. Mes pieds sont cloués
au sol, mes bras liés comme tu l’aimes, je ne vois rien je ne sens que ta peau
contre la mienne et une immense frayeur qui me prend au ventre. C’est la vraie
vie, ce n’est plus le jeu de celui qui fera le plus plaisir, de miser sur tous
ces petits moments où le temps s’arrête, c’est fini. Ce sont les choses
sérieuses et je n’ai plus de matelas pour m’attraper, plus de filet, c’est
l’amour de la peur, la peur de l’amour. J’ai peur que tes bras ne soient pas
suffisamment forts et je commence déjà à lâcher prise, j’ai peur que tu ne soit
plus là quand viendra le temps de me relever, et je sais que tu as les mêmes
angoisses.
Tu crains que je parte du jour au lendemain
pour plus beau, plus jeune, plus riche, plus d’avenir, plus de promesses. On te
prévient que c’est ce qui arrive avec des filles comme ça, qu’elles ne veulent
que s’amuser et jouer et faire mal et partir et ne laisser qu’un trou béant et
de détruire une vie, par égoïsme.
C’est vrai que sur papier, tu as tout ce qu’il
te faut. Sur papier, tu souris et tu ne te plains pas. Sur papier tu devrais
être heureux.
Théoriquement moi aussi vois-tu.
Et pourtant.
Tu étais là, tu as toujours été là depuis l’instant
où tu m’as vue et que tu as su que tu m’aimais. Tu refuses mes mercis et mes
pardons, tu ne prends que mes baisers comme monnaie d’échange. Mais je
doute. Et toi aussi. Nous nous répétons
des milliards de fois que nous nous aimons, pour nous rassurer que ça en vaut
la peine, pour entretenir notre nuage rose bonbon couvert de paillettes, pour
refouler la réalité, pour garder les yeux fermés et ne sentir rien d’autre que
nos parfums mélangés.
Je n’ai pas peur de la réalité. Je la connais
trop bien pour vouloir me cacher indéfiniment, elle rattrape et toujours plus
fort. Je suis forte, je ne sais pas toujours ce que je veux mais les instants
purs que tu m’as offerts sont assez.
Je serai là si tu y es aussi. Mais j'ai peur que non.
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